Fiscalité • Mis à jour avril 2026

Abattement assurance vie : 152 500 € ou 30 500 € ?

L'abattement assurance vie est le mécanisme fiscal le plus mal compris en matière de transmission de patrimoine. La question revient sans cesse : "est-ce 152 500 € ou 30 500 € qui s'applique dans mon cas ?" Dans ce guide, vous découvrez comment chaque abattement fonctionne, comment calculer ce que vos bénéficiaires recevront réellement, et ce qui change en 2026.

Barème 2026 vérifié · 3 cas pratiques chiffrés · Articles 990-I et 757-B CGI expliqués

Par L'équipe France Succession Mis à jour le 12 min de lecture

En résumé

  • L'assurance vie dispose de 3 abattements distincts selon votre situation : 4 600 €/an au rachat, 152 500 € par bénéficiaire si les versements ont été faits avant 70 ans, 30 500 € global si les versements ont été faits après 70 ans.
  • L'abattement de 152 500 € par bénéficiaire (art. 990-I CGI) s'applique au décès si les primes ont été versées avant les 70 ans de l'assuré. Chaque bénéficiaire désigné en bénéficie indépendamment.
  • L'abattement de 30 500 € global (art. 757-B CGI) s'applique aux versements effectués après 70 ans. Il se partage entre tous les bénéficiaires — mais les intérêts restent toujours exonérés.
  • Au rachat de votre vivant, après 8 ans de détention, un abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple) s'applique sur vos gains.
  • Nouveauté 2026 : un dispositif temporaire permet de transmettre jusqu'à 152 500 € par bénéficiaire de son vivant, sous conditions strictes.
Abattement assurance vie 2026 — guide complet 152 500 € et 30 500 €, illustration éditoriale

L'abattement assurance vie est probablement le mécanisme fiscal le plus mal compris en matière de transmission de patrimoine. La question qui revient le plus souvent : « est-ce 152 500 € ou 30 500 € qui s'applique dans mon cas ? » Dans ce guide, vous allez découvrir comment chaque abattement fonctionne, comment calculer ce que vos bénéficiaires recevront réellement, et ce qui change en 2026.

Quel abattement s'applique à votre situation ?

Avant tout, il faut distinguer deux contextes radicalement différents : vous êtes en vie (vous faites un retrait), ou vous êtes décédé (vos bénéficiaires reçoivent le capital). Dans le second cas, c'est l'âge que vous aviez au moment des versements qui détermine tout.

Quel abattement s'applique à votre assurance vie ?

Fiscalité au décès de l'assuré — barème 2026 vérifié

Versements avant 70 ans

152 500 €

par bénéficiaire

  • Chaque bénéficiaire désigné bénéficie de son propre abattement, indépendamment des autres
  • Au-delà : 20 % jusqu'à 700 000 € supplémentaires, puis 31,25 %
  • Conjoint / PACS : exonération totale, sans plafond
Versements après 70 ans

30 500 €

global — tous bénéficiaires

  • Abattement unique partagé entre tous les bénéficiaires et tous les contrats
  • Avantage clé : les intérêts générés restent intégralement exonérés de droits de succession
  • Au-delà : droits de succession classiques selon le lien de parenté

Vous faites un retrait de votre vivant → abattement annuel de 4 600 €

Si vous rachetez (partiellement ou totalement) votre contrat d'assurance vie après 8 ans de détention, vous bénéficiez d'un abattement annuel sur vos gains imposables :

  • 4 600 € pour une personne seule (célibataire, veuf, divorcé)
  • 9 200 € pour un couple marié ou pacsé soumis à imposition commune

Concrètement : si vos gains l'année du rachat ne dépassent pas ce seuil, vous ne payez aucun impôt sur le revenu. Les prélèvements sociaux (17,2 %) restent dus, mais l'IR est neutralisé. Cet abattement se renouvelle chaque année : il est possible d'organiser des rachats annuels pour puiser dans son contrat sans fiscalité.

Vous êtes bénéficiaire, l'assuré avait moins de 70 ans lors des versements → 152 500 €

C'est l'abattement le plus avantageux de l'assurance vie. Il s'applique au décès de l'assuré, pour tous les versements qu'il a effectués avant ses 70 ans. Chaque bénéficiaire désigné dans la clause bénéficiaire reçoit sa part du capital avec un abattement de 152 500 € qui lui est propre, indépendamment des autres.

Exemple simplifié : si vous êtes l'un des 3 bénéficiaires d'un contrat, vous avez votre propre abattement de 152 500 €. Votre frère aussi. Votre sœur aussi. Les abattements ne se partagent pas — ils se cumulent.

Vous êtes bénéficiaire, l'assuré avait plus de 70 ans lors des versements → 30 500 €

Pour les primes versées après les 70 ans de l'assuré, le régime est différent et moins favorable : un abattement global de 30 500 €, tous bénéficiaires et tous contrats confondus. Ce montant se répartit entre les bénéficiaires au prorata de leurs parts. Au-delà, les sommes sont soumises aux droits de succession classiques.

L'abattement de 152 500 € par bénéficiaire (versements avant 70 ans)

Ce que la loi prévoit exactement

Cet abattement s'applique sur la part nette revenant à chaque bénéficiaire, avant tout calcul d'imposition. Il est décompté séparément pour chaque personne désignée, ce qui en fait un outil de transmission très puissant lorsqu'on multiplie les bénéficiaires.

À noter : le conjoint survivant et le partenaire de PACS sont totalement exonérés — ni prélèvement, ni droits de succession, quel que soit le montant transmis (art. 796-0 bis CGI).

Comment calculer les droits au-delà de 152 500 €

Barème prélèvement art. 990-I CGI — versements avant 70 ans
Part reçue par le bénéficiaire Abattement Taux applicable
Jusqu'à 152 500 € 152 500 € 0 %
De 152 500 € à 852 500 € 20 %
Au-delà de 852 500 € 31,25 %

Ces taux (prélèvement forfaitaire sui generis) sont distincts du barème successoral classique : l'assurance vie bénéficie de son propre régime fiscal, plus favorable pour la plupart des situations.

Plusieurs bénéficiaires : l'abattement se cumule-t-il ?

Oui, absolument. C'est l'un des atouts les plus puissants de l'assurance vie. Chaque bénéficiaire désigné dans la clause bénéficiaire dispose de son propre abattement de 152 500 €, indépendamment des autres.

610 000 €

exonérés

Un assuré qui désigne 4 bénéficiaires permet de transmettre jusqu'à 4 × 152 500 € en totale franchise fiscale (pour des versements effectués avant 70 ans).

L'abattement de 30 500 € global (versements après 70 ans)

Bonne nouvelle souvent oubliée : les intérêts restent toujours exonérés

Beaucoup de personnes croient à tort que verser après 70 ans rend l'assurance vie fiscalement inintéressante. C'est faux, pour une raison essentielle : seules les primes versées (les sommes que vous avez placées) entrent dans la base taxable. Les intérêts et plus-values générés par votre contrat après 70 ans sont totalement exonérés de droits de succession, quelle que soit leur valeur.

En pratique : si vous versez 30 000 € après 70 ans et que votre contrat produit 8 000 € de gains, vos bénéficiaires reçoivent 38 000 € dont seuls 30 000 € (les primes) entrent dans le calcul de l'abattement.

Comment se répartit l'abattement entre plusieurs bénéficiaires ?

Contrairement à l'abattement de 152 500 € qui est individuel, l'abattement de 30 500 € est global : il se partage entre tous les bénéficiaires au prorata de leurs parts, tous contrats d'assurance vie confondus.

Si trois enfants reçoivent chacun un tiers d'un contrat alimenté après 70 ans, ils se partagent les 30 500 € — soit environ 10 167 € d'abattement chacun. La fraction taxable restante entre dans leurs droits de succession classiques (avec les abattements de droit commun : 100 000 € par enfant selon l'art. 779 CGI).

Ce que dit la loi : barème 2026 en cas de succession

Pour aller plus loin, consultez également notre guide sur les abattements en succession classique et notre page pilier sur l'assurance vie et succession.

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Cas pratiques — 3 exemples chiffrés de A à Z

Cas 1 — Martine, 74 ans : 80 000 € versés après 70 ans, 2 enfants bénéficiaires

Situation : Martine a versé 80 000 € après ses 70 ans. Son contrat a produit 12 000 € d'intérêts. Deux enfants bénéficiaires à parts égales (50/50). Elle décède.

Étape 1 — Identifier ce qui est taxable

Seules les primes : 80 000 €

Les intérêts (12 000 €) : exonérés (art. 757-B CGI)

Étape 2 — Abattement global de 30 500 €

Base taxable : 80 000 – 30 500 = 49 500 €

Répartition : 24 750 € pour Luc + 24 750 € pour Isabelle

Étape 3 — Abattements de succession classique

Chaque enfant : abattement individuel de 100 000 € (art. 779 CGI). Or 24 750 € < 100 000 €.

Résultat : 0 € de droits. Ils reçoivent chacun 46 000 € net (40 000 € de primes + 6 000 € d'intérêts).

Cas 2 — Patrick, 63 ans : 350 000 € versés avant 70 ans, 3 bénéficiaires

Situation : Patrick désigne 3 bénéficiaires : sa fille Camille (60 % → 210 000 €), son neveu Thomas (25 % → 87 500 €) et son ami Jean (15 % → 52 500 €).

Camille — 210 000 €

Base : 210 000 – 152 500 = 57 500 €

Droits : 57 500 × 20 % = 11 500 €

198 500 € net

Thomas — 87 500 €

Base : 87 500 < 152 500

Droits : 0 €

87 500 € net

Jean — 52 500 €

Base : 52 500 < 152 500

Droits : 0 €

52 500 € net

Total droits : 11 500 € sur 350 000 € transmis (taux effectif : 3,3 %). En multipliant les bénéficiaires, chacun dispose de son propre abattement de 152 500 €.

Cas 3 — Brigitte, 68 ans : 900 000 € versés avant 70 ans, 1 seul bénéficiaire

Situation : Brigitte a versé 900 000 € avant ses 70 ans. Sa fille unique Sophie est seule bénéficiaire. Elle décède.

Part de Sophie : 900 000 €

Abattement 990-I CGI : – 152 500 €

Base taxable : 747 500 €

Tranche à 20 % : 700 000 € × 20 % = 140 000 €

Tranche à 31,25 % : 47 500 € × 31,25 % = 14 844 €

Total droits : 154 844 €

Sophie reçoit 745 156 € net (taux effectif : 17,2 %). → Désigner plusieurs bénéficiaires aurait permis de multiplier les abattements et de réduire significativement la note fiscale.

Nouveauté 2026 : transmettre 152 500 € de son vivant

Le PLF 2026 a introduit un dispositif exceptionnel et temporaire qui mérite votre attention si vous êtes proche de 70 ans ou si vous venez de les dépasser. Les conditions pour en bénéficier :

Conditions à remplir simultanément

  • Avoir effectué des versements avant le 1er octobre 2025 et avant vos 70 ans
  • Avoir atteint 70 ans au plus tard le 31 décembre 2026
  • Réaliser la donation entre le 1er janvier et le 31 décembre 2026

L'intérêt réel : transmettre maintenant, permettre à vos proches de disposer de cet argent pendant votre vivant, tout en sécurisant la fiscalité sur les montants versés avant 70 ans.

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Les 3 erreurs classiques avec l'abattement assurance vie

Erreur n°1 — Confondre l'abattement au rachat (4 600 €) et l'abattement succession (152 500 €)

Ces deux mécanismes n'ont rien à voir. Le premier s'applique sur vos gains lors d'un retrait de votre vivant, après 8 ans de détention. Le second s'applique à vos bénéficiaires à votre décès. Ils ne sont pas cumulables dans le même contexte : le rachat met fin au contrat de votre vivant et supprime l'avantage successoral.

Erreur n°2 — Croire que l'abattement de 30 500 € s'applique par bénéficiaire

Contrairement à l'abattement de 152 500 € qui est individuel, le 30 500 € est global : il se partage entre tous les bénéficiaires et tous les contrats. Multiplier les bénéficiaires ne multiplie pas l'abattement dans ce régime.

Erreur n°3 — Oublier que les primes versées après 70 ans entrent dans les droits de succession classiques

Au-delà de l'abattement de 30 500 €, les primes versées après 70 ans sont soumises aux droits de succession selon le lien de parenté (barème standard avec les abattements de droit commun : 100 000 € par enfant selon l'art. 779 CGI). Ce n'est pas une fiscalité propre à l'assurance vie, mais bien la fiscalité successorale ordinaire.

Questions fréquentes sur l'abattement assurance vie

Les 7 questions les plus posées sur les abattements en assurance vie.

Comment calculer l'abattement assurance vie ?

Le calcul dépend du contexte. Au rachat vivant après 8 ans : soustrayez 4 600 € (ou 9 200 € en couple) de vos gains imposables. Au décès pour les versements avant 70 ans : soustrayez 152 500 € de la part de chaque bénéficiaire. Pour les versements après 70 ans : soustrayez 30 500 € du total des primes, puis répartissez le solde.

Quel abattement pour une assurance vie avant 70 ans ?

Chaque bénéficiaire désigné dispose d'un abattement de 152 500 € (art. 990-I CGI) sur sa part du capital, pour l'ensemble des primes versées avant les 70 ans de l'assuré, tous contrats confondus. Au-delà : 20 % jusqu'à 700 000 € supplémentaires, puis 31,25 %.

Assurance vie après 70 ans : guide complet →
Comment fonctionne l'abattement de 30 500 € en assurance vie ?

L'abattement de 30 500 € (art. 757-B CGI) est global et partagé entre tous les bénéficiaires et tous les contrats. Il s'applique uniquement sur les primes versées après 70 ans. Les intérêts générés restent totalement exonérés de droits de succession, quelle que soit leur valeur.

Peut-on cumuler l'abattement assurance vie et l'abattement de succession classique ?

Pour les versements avant 70 ans, l'assurance vie bénéficie de son propre barème (art. 990-I) — distinct des droits de succession ordinaires. Pour les versements après 70 ans (art. 757-B), la fraction taxable au-delà de 30 500 € entre dans la succession classique et bénéficie des abattements de droit commun (100 000 € par enfant) — les deux se cumulent dans ce cas.

L'abattement de 152 500 € est-il par contrat ou par bénéficiaire ?

Il est par bénéficiaire, tous contrats confondus. Si vous êtes désigné sur plusieurs contrats du même assuré, votre abattement global reste de 152 500 € au total. Multiplier les contrats ne multiplie pas l'abattement — mais multiplier les bénéficiaires, oui.

Le dispositif de transmission anticipée 2026 est-il définitif ?

Non — c'est un dispositif temporaire et exceptionnel, valable uniquement pour les donations réalisées entre le 1er janvier et le 31 décembre 2026. Le montant transmis de votre vivant vient en déduction de l'abattement disponible au décès : ce n'est pas un avantage supplémentaire, mais un avantage de timing.

Comment calculer les droits de succession sur une assurance vie ?

Pour les versements avant 70 ans : (part du bénéficiaire – 152 500 €) × 20 % pour la fraction jusqu'à 700 000 € au-delà, puis × 31,25 %. Pour les versements après 70 ans : le total des primes excédant 30 500 € est soumis aux droits de succession classiques selon le lien de parenté (barème standard).

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Photo de Thomas Legrand, juriste spécialisé en droit des successions

Rédigé par

Thomas Legrand

Juriste spécialisé en droit des successions · Directeur de publication

Juriste avec plus de 20 ans d'expérience dans le droit notarial et le conseil en transmission patrimoniale. Fondateur de France Succession en 2026.

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Dernière mise à jour : avril 2026. Les informations de cette page sont conformes à la législation en vigueur (barèmes 2026 vérifiés sur BOFiP, art. 990-I, 757-B, 796-0 bis, 779 CGI). Pour un conseil adapté à votre situation personnelle, consultez un notaire ou un conseiller en gestion de patrimoine agréé.