La succession père décédé mère vivante dépend d’abord d’une question essentielle : la mère était-elle l’épouse du défunt, ou seulement sa mère ? Dans le langage courant, « ma mère est vivante » désigne généralement la veuve. En droit, les deux situations n’ont pourtant pas du tout les mêmes conséquences.
Cet article traite principalement le cas d’un père décédé laissant une épouse et un ou plusieurs enfants. Un encadré spécifique explique ensuite le cas où la mère vivante est la mère du défunt. Les règles présentées correspondent au droit français vérifié le 21 août 2026. Elles donnent une information générale et ne remplacent pas l’étude d’un notaire.
Qui hérite quand le père décède et que la mère est encore en vie ?
Lorsque le père était marié, l’épouse survivante et les descendants ont des droits qui se combinent. Le conjoint survivant ne se situe pas simplement « après » les enfants dans un classement : il bénéficie de droits propres. Les enfants restent toutefois les héritiers réservataires de leur père.
Le résultat varie selon quatre éléments :
- le mariage ou non des parents au jour du décès ;
- le régime matrimonial et la propriété réelle des biens ;
- le nombre d’enfants et leur lien avec le défunt ;
- l’existence d’une donation au dernier vivant, d’un testament ou d’une donation antérieure.
Le patrimoine familial ne correspond donc pas automatiquement à la succession. Sous le régime de la communauté réduite aux acquêts, la liquidation du régime matrimonial intervient d’abord. La moitié des biens communs appartenant déjà à la mère ne constitue pas, en principe, un héritage reçu au décès du père. Seuls les biens et droits qui appartenaient au défunt entrent dans sa succession, avec les dettes déductibles.
Le texte de référence est consultable dans la fiche Service-Public consacrée aux règles d’héritage d’un défunt ayant eu des enfants, ainsi que dans les articles 756 à 758-6 du Code civil sur Légifrance.
Si les parents étaient mariés avec uniquement des enfants communs
La mère dispose d’un droit d’option. Elle peut choisir :
- l’usufruit de la totalité de la succession ;
- un quart de la succession en pleine propriété.
Dans le premier cas, les enfants reçoivent la nue-propriété de l’ensemble des biens successoraux. La mère peut en principe utiliser les biens et percevoir leurs revenus, dans le respect de ses obligations d’usufruitière. Les enfants deviendront pleins propriétaires lorsque l’usufruit s’éteindra, généralement au décès de la mère.
Dans le second cas, la mère reçoit 25 % de la succession en pleine propriété. Les enfants se partagent les 75 % restants en pleine propriété, à parts égales.
Toute personne intéressée, notamment un héritier, peut demander par écrit à la mère de choisir une option. Si elle ne répond pas dans les trois mois suivant cette demande, elle est réputée avoir opté pour l’usufruit de la totalité. Il ne s’agit donc pas nécessairement d’un délai automatique de trois mois à compter du décès.
Si le père avait un enfant d’une précédente union
La présence d’un seul enfant qui n’est pas issu des deux époux modifie la règle. L’épouse survivante reçoit en principe un quart de la succession en pleine propriété. Elle ne bénéficie pas, au titre de la loi seule, du choix entre l’usufruit total et le quart en pleine propriété.
Les enfants, qu’ils soient communs ou non, se partagent les trois quarts restants à parts égales. La filiation différente ne permet pas de réduire la part d’un enfant : les descendants ont les mêmes droits successoraux, sous réserve des règles propres à l’adoption et à la représentation.
Une donation au dernier vivant ou un testament peut modifier la protection du conjoint dans les limites de la réserve héréditaire. Il faut donc vérifier le fichier des testaments, les actes notariés et le contrat de mariage avant de conclure sur les parts définitives.
Peut-on demander la part de son père décédé ?
Oui, un enfant est appelé à la succession de son père. Mais « avoir une part » ne signifie pas toujours « recevoir immédiatement de l’argent ».
Si la mère a choisi le quart en pleine propriété, les enfants reçoivent les trois quarts de la succession en pleine propriété. Après l’établissement des actes, le paiement des dettes et le règlement des éventuels droits, leur part peut être attribuée ou vendue selon les biens concernés.
Si la mère a choisi l’usufruit total, les enfants détiennent la nue-propriété. Ils ont un droit réel sur les biens, mais pas nécessairement une somme disponible immédiatement. La mère peut occuper la maison et percevoir les revenus des biens concernés. Elle ne peut cependant pas disposer seule de la pleine propriété d’un immeuble sans l’accord des nus-propriétaires.
La situation est différente pour un compte bancaire, une maison, un portefeuille de titres ou un bien reçu par donation. Le notaire doit identifier le propriétaire, le régime matrimonial, les droits de chacun et les éventuels accords nécessaires. En cas de désaccord, un enfant ne peut pas simplement prélever sa quote-part sur un compte ou imposer seul la vente d’une maison.
Pour un compte individuel ouvert au seul nom du père, la banque le bloque en principe dès qu’elle est informée du décès et son solde est intégré à la succession. Un compte joint n’est en principe pas bloqué, mais la part appartenant au défunt doit être déterminée au règlement de la succession. La mère ne peut donc pas assimiler le solde disponible d’un compte joint à sa propriété exclusive sans vérifier la convention du compte et l’origine des fonds.
Exemples de partage entre la mère et les enfants
Les exemples suivants portent sur l’actif net de la succession du père, après liquidation du régime matrimonial et déduction des dettes. Ils ne portent pas sur l’ensemble du patrimoine du couple.
Exemple 1 : mère et deux enfants communs, choix du quart en pleine propriété
Pierre décède. Après règlement du régime matrimonial, la succession de Pierre est évaluée à 240 000 €. Il laisse son épouse Marie et leurs deux enfants communs.
- Marie choisit le quart en pleine propriété : 240 000 × 1/4 = 60 000 €.
- Les enfants reçoivent les trois quarts : 240 000 × 3/4 = 180 000 €.
- Chaque enfant reçoit donc : 180 000 ÷ 2 = 90 000 € en pleine propriété.
Marie, en qualité de conjoint survivant marié, ne paie pas de droits de succession sur les 60 000 € reçus. Chaque enfant doit ensuite vérifier son abattement disponible et le barème applicable à sa propre part.
Exemple 2 : mère et deux enfants communs, choix de l’usufruit total
Reprenons une succession de 240 000 €, mais Marie choisit l’usufruit de la totalité.
- Marie reçoit l’usufruit de 100 % des biens successoraux.
- Les deux enfants reçoivent chacun une quote-part de nue-propriété sur 100 % des biens.
- Ils ne reçoivent pas automatiquement 90 000 € en espèces chacun.
Si la succession comprend une maison, Marie peut en principe y conserver l’usage selon ses droits. Une vente de la pleine propriété nécessitera l’accord des nus-propriétaires et l’intervention du notaire pour répartir le prix entre usufruit et nue-propriété, sauf convention différente.
Exemple 3 : famille recomposée avec un enfant non commun
Le père laisse une succession nette de 300 000 €, son épouse et trois enfants, dont un enfant issu d’une précédente union.
- L’épouse reçoit le quart en pleine propriété : 300 000 × 1/4 = 75 000 €.
- Les trois enfants se partagent les trois quarts : 300 000 × 3/4 = 225 000 €.
- Chaque enfant reçoit : 225 000 ÷ 3 = 75 000 € en pleine propriété.
Cet exemple suppose l’absence de donation au dernier vivant ou de testament modifiant la répartition dans les limites autorisées par la loi.
Que devient la maison familiale après le décès ?
Le logement familial appelle deux analyses distinctes : le droit temporaire de rester dans les lieux et la propriété du bien.
Pendant l’année qui suit le décès, l’époux survivant bénéficie en principe d’un droit temporaire au logement familial, sous les conditions prévues par la loi. Lorsque le logement était loué, les loyers peuvent être pris en charge par la succession pendant cette période. Lorsque le logement appartenait au couple ou au défunt, le titre de propriété et le régime matrimonial déterminent la part qui entre dans la succession.
L’époux peut aussi, sous conditions, demander un droit viager au logement. Cette demande doit être formulée dans l’année du décès. Elle peut être écartée par un testament authentique dans les cas prévus par la loi. Il faut demander au notaire d’examiner cette possibilité avant de signer un partage ou une vente.
Le fait que la mère occupe la maison ne signifie donc pas automatiquement qu’elle en possède 100 %. À l’inverse, le fait que les enfants soient nus-propriétaires ne leur permet pas d’expulser la mère ou d’exiger une vente immédiate sans tenir compte de son usufruit et de ses droits au logement.
Et si la mère vivante est la mère du défunt ?
Cette hypothèse est différente. Si le père décédé n’était pas marié avec la mère des enfants, ou si la question vise la grand-mère des enfants, il faut distinguer la mère du défunt de son épouse.
Lorsque le défunt laisse des enfants, ceux-ci sont les descendants appelés au premier ordre. La mère du défunt n’a normalement pas de part légale concurrente avec eux. Le droit de retour légal de l’article 738-2 du Code civil ne s’applique que lorsque le défunt n’a pas de postérité : il ne permet donc pas à la mère de reprendre, sur ce fondement, un bien donné lorsque son enfant laisse des descendants.
Lorsque le défunt n’a pas d’enfant et n’a pas de conjoint successible, la mère du défunt peut hériter avec les frères et sœurs du défunt. L’article 738 du Code civil prévoit alors, lorsqu’un seul parent survit, un quart pour ce parent et trois quarts pour les frères et sœurs ou leurs descendants. Ce n’est pas le cas standard de la requête étudiée ici, mais cette distinction évite une erreur fréquente.
Pour aller plus loin, consultez notre guide sur l’ordre des héritiers, qui détaille les quatre ordres et la place du conjoint.
Fiscalité 2026 : droits de la mère et des enfants
La fiscalité dépend de la qualité de la personne qui reçoit effectivement un bien.
- Épouse survivante mariée : exonération totale de droits de succession.
- Enfant héritier de son père : abattement de principe de 100 000 € sur sa part, sous réserve des donations prises en compte au cours des quinze années précédant le décès.
- Mère du défunt : lorsqu’elle hérite effectivement, elle relève de l’abattement en ligne directe de 100 000 €, puis du barème progressif.
- Partenaire de Pacs : exonéré s’il reçoit une transmission, mais il n’est pas héritier légal automatique sans testament.
- Concubin : ni héritier légal automatique ni exonéré comme le conjoint marié.
Barème des droits de succession en ligne directe en 2026
Après déduction de l’abattement disponible, la part taxable de l’enfant est soumise au barème progressif suivant :
| Fraction de la part taxable | Taux 2026 |
|---|---|
| Jusqu’à 8 072 € | 5 % |
| De 8 073 € à 12 109 € | 10 % |
| De 12 110 € à 15 932 € | 15 % |
| De 15 933 € à 552 324 € | 20 % |
| De 552 325 € à 902 838 € | 30 % |
| De 902 839 € à 1 805 677 € | 40 % |
| Au-delà de 1 805 677 € | 45 % |
La loi de finances pour 2026 n’a pas modifié ce barème. Le calcul doit néanmoins tenir compte de la valeur réelle des biens, des dettes déductibles et des donations antérieures.
Exemple fiscal : un enfant reçoit 150 000 €
Marie reçoit une part nette de 150 000 € de la succession de son père. Elle n’a pas reçu de donation fiscalement rappelable de ce parent au cours des quinze dernières années.
- Part reçue : 150 000 €.
- Abattement enfant : 100 000 €.
- Part taxable : 150 000 − 100 000 = 50 000 €.
- Droits estimés selon le barème progressif :
- 8 072 × 5 % = 403,60 € ;
- 4 037 × 10 % = 403,70 € ;
- 3 823 × 15 % = 573,45 € ;
- 34 068 × 20 % = 6 813,60 €.
Le total théorique est donc de 8 194,35 €, avant prise en compte d’une éventuelle situation particulière. Ce calcul illustre le mécanisme ; le montant final doit être validé dans la déclaration de succession.
Comment régler la succession concrètement ?
En France métropolitaine, la déclaration de succession doit en principe être déposée dans les six mois du décès. Ce délai concerne la déclaration fiscale : il ne signifie pas que toutes les opérations de la succession doivent être terminées en six mois. La durée réelle dépend notamment des biens, des actes à établir, des recherches et de l’existence d’un désaccord entre héritiers. Le notaire est notamment nécessaire lorsqu’il existe un bien immobilier, un testament, une donation au dernier vivant, un contrat de mariage ou un besoin d’acte de notoriété. Ses émoluments et autres frais varient selon les actes accomplis ; demandez un état prévisionnel écrit.
Réunir les documents familiaux
Préparez l'acte de décès, les actes de naissance et de mariage, le livret de famille, le contrat de mariage, les donations, les testaments et les coordonnées des héritiers.
Faire établir la qualité des héritiers
Le notaire vérifie la dévolution successorale, le lien entre les enfants et le défunt, l'existence d'un conjoint et les dispositions prises avant le décès.
Liquider le régime matrimonial
Avant de partager l'héritage, il faut déterminer ce qui appartenait déjà à la mère et ce qui appartenait au père au jour du décès.
Choisir ou constater l'option de la mère
Avec des enfants communs, l'épouse choisit l'usufruit total ou le quart en pleine propriété. Le choix doit être formalisé et ses effets expliqués.
Évaluer l'actif net et déclarer
Les biens et dettes sont recensés, les parts sont calculées et la déclaration fiscale est déposée dans le délai applicable, avec paiement des droits éventuels.
Partager ou organiser l'indivision
Les héritiers peuvent conserver les biens ensemble, signer une convention, vendre ou procéder au partage. En cas de désaccord, le notaire indique les voies amiables ou judiciaires.
Pour comprendre le document qui identifie officiellement les héritiers, consultez notre guide sur l’acte de notoriété. Pour les démarches urgentes après le décès, voyez aussi les premières démarches après un décès.
Les erreurs à éviter
Confondre la moitié des biens communs et la succession
La mère peut déjà être propriétaire d’une partie du patrimoine avant le décès. Il faut d’abord liquider le régime matrimonial. Appliquer directement le quart ou l’usufruit à l’ensemble du patrimoine familial peut donner un calcul faux.
Croire que les enfants doivent toujours recevoir de l’argent
Avec l’usufruit total, les enfants ont la nue-propriété. Leur droit existe, mais il n’est pas équivalent à un virement immédiat. Une vente, une convention ou une conversion nécessite l’accord des personnes concernées et l’analyse du notaire.
Oublier les enfants d’une précédente union
Un seul enfant non commun suffit à modifier le choix légal du conjoint. Il faut aussi rechercher une donation au dernier vivant, qui peut changer la protection du conjoint dans une famille recomposée.
Vendre ou distribuer un compte avant l’inventaire
Les comptes, dettes, assurances, donations et biens propres doivent être identifiés. Un héritier ne doit pas se servir seul dans les liquidités de la succession, même s’il estime connaître sa quote-part.
Croire que l’absence de droits fiscaux dispense de toute formalité
Le conjoint est exonéré de droits, mais une déclaration ou des actes peuvent rester nécessaires. Le délai de six mois en France métropolitaine doit être anticipé avec le notaire.
Sources et date de vérification
Les règles et montants de cet article ont été vérifiés le 21 août 2026 à partir des sources institutionnelles suivantes :
- Service-Public — Règles en matière d’héritage : défunt ayant eu des enfants ;
- Service-Public — Quelles sont les règles pour hériter ? ;
- Service-Public — Droits du conjoint sur le logement du défunt ;
- Service-Public — Droits de succession : déclaration ;
- Service-Public — Que devient un compte bancaire en cas de décès ? ;
- Service-Public — Quels sont les tarifs des notaires en matière de succession ? ;
- Service-Public — Droits de succession 2026 ;
- Impots.gouv.fr — Calcul des droits de succession ;
- Légifrance — Code civil, articles 734 à 740.
Questions fréquentes
Qui hérite en cas de décès du père si la mère est vivante ?
Si la mère était mariée au défunt et que tous les enfants sont communs, elle choisit entre l'usufruit de la totalité de la succession et un quart en pleine propriété. Les enfants reçoivent la nue-propriété de tout le patrimoine dans le premier cas, ou les trois quarts en pleine propriété dans le second.
Puis-je demander la part de mon père décédé ?
Vous êtes appelé à la succession, mais vous ne pouvez pas toujours exiger le versement immédiat d'une somme. Si votre mère a choisi l'usufruit total, vous détenez une nue-propriété et non une créance payable immédiatement.
Quelle part revient à la mère lorsque le père décède ?
Avec des enfants communs, la mère épouse peut choisir l'usufruit de la totalité ou le quart en pleine propriété. Si un enfant n'est pas issu des deux époux, elle reçoit en principe uniquement un quart en pleine propriété, sauf disposition particulière comme une donation au dernier vivant.
La mère peut-elle vendre la maison après le décès du père ?
Elle ne peut pas vendre seule la pleine propriété d'un bien dont elle a seulement l'usufruit. La vente de la pleine propriété suppose l'accord des nus-propriétaires, sauf situation particulière. Le notaire doit vérifier le titre de propriété, le régime matrimonial et l'option successorale.
Les enfants paient-ils des droits de succession après le décès du père ?
Chaque enfant bénéficie en principe d'un abattement de 100 000 € sur sa part reçue de son père, sous réserve des donations antérieures prises en compte. La fraction taxable restante est soumise au barème progressif en ligne directe.
La mère paie-t-elle des droits de succession ?
Le conjoint survivant marié est exonéré de droits de succession. Cette exonération ne doit pas être confondue avec l'abattement de 100 000 € applicable notamment aux enfants et aux parents du défunt.
Quel délai pour régler la succession du père ?
En France métropolitaine, la déclaration de succession doit en principe être déposée dans les six mois suivant le décès. Ce délai concerne la déclaration fiscale et non l'achèvement de toutes les opérations. La durée réelle dépend de la complexité du dossier ; le notaire réunit les actes d'état civil, vérifie les dispositions du défunt et établit la qualité des héritiers.

Rédigé par
Thomas Legrand
Juriste spécialisé en droit des successions · Directeur de publication
Juriste avec plus de 20 ans d'expérience dans le droit notarial et le conseil en transmission patrimoniale. Fondateur de France Succession en 2026.
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