Guide complet • Mis à jour mai 2026

L'État prend combien sur un compte bancaire à l'héritage ?

L'État ne prend pas 30 %, 40 % ou 60 % du solde du compte bancaire de votre proche décédé. La réalité est à la fois plus rassurante et plus nuancée : ce guide vous montre le calcul exact, les abattements applicables selon votre lien de parenté, et ce que votre banque peut facturer depuis la loi du 13 mai 2025.

Barème 2026 · abattement 100 000 € · frais bancaires plafonnés à 857 € · FICOBA · 3 exemples chiffrés

Par Thomas Legrand Mis à jour le 12 min de lecture

En résumé

  • Le compte bancaire s'intègre dans la masse successorale globale : l'État ne prélève pas un pourcentage fixe sur le solde, mais calcule les droits sur l'ensemble du patrimoine net.
  • Un abattement s'applique avant tout calcul : 100 000 € par enfant (art. 779 CGI), exonération totale pour le conjoint ou partenaire de PACS (art. 796-0 bis CGI).
  • Le barème est progressif, de 5 % à 45 % en ligne directe (art. 777 CGI). Un enfant héritant de 150 000 € ne paiera des droits que sur 50 000 € — après déduction de l'abattement.
  • Depuis le 13 novembre 2025, les frais bancaires sont plafonnés à 857 € et gratuits si le solde total ne dépasse pas 5 965 € (loi n° 2025-415 du 13 mai 2025).
  • Droits de succession (fisc) et frais bancaires (banque) sont souvent confondus. Cet article les distingue et vous donne le calcul exact pour chaque situation.
L'État prend combien sur un héritage bancaire — illustration éditoriale barème progressif

L'État ne prend pas 30 %, 40 % ou 60 % du solde du compte bancaire de votre proche décédé. La réalité est à la fois plus rassurante et plus nuancée : l'argent présent sur les comptes du défunt s'ajoute au reste de la succession, et c'est sur le total — après déduction des dettes et application d'un abattement personnel — que les droits sont calculés. Dans ce guide, vous allez découvrir le calcul exact selon votre lien de parenté, ce que votre banque peut vous facturer (et jusqu'à quel plafond depuis novembre 2025), et trois exemples chiffrés pour comprendre le montant réel qui vous reviendra.

Ce que l'État prélève vraiment : droits de succession ou frais bancaires ?

Lorsqu'on parle de "ce que l'État prend" sur un compte bancaire lors d'un héritage, deux types de prélèvements de nature radicalement différente sont souvent mélangés.

Les droits de succession : l'impôt perçu par le fisc

Les droits de succession sont un impôt versé au Trésor Public. Ils ne portent pas sur le seul compte bancaire, mais sur l'ensemble de la part successorale nette de chaque héritier : immobilier, épargne, meubles, comptes courants — tout est additionné, les dettes du défunt sont soustraites, puis l'abattement personnel s'applique. Ce n'est que sur le solde restant que le barème fiscal entre en jeu.

Les frais bancaires de succession : la facture de votre banque

Les frais bancaires de succession sont une facturation émise par l'établissement bancaire pour rémunérer le traitement administratif du dossier : blocage des comptes, inventaire des avoirs, transmission au notaire, virement des fonds aux héritiers. Ces frais n'ont rien à voir avec le fisc — ils restent dans les caisses de votre banque.

La gratuité totale s'applique dans trois situations :

Le solde total des comptes est inférieur à 5 965 € (seuil 2026, révisé chaque année par décret).
Les héritiers présentent un acte de notoriété ou une attestation signée par tous, et la succession ne présente pas de complexité manifeste.
Le défunt était mineur au moment du décès.

Compte bancaire et succession : comment ça se passe concrètement ?

Le blocage automatique du compte dès le décès

Dès qu'une banque est informée du décès de son client, elle bloque immédiatement tous les comptes ouverts au seul nom du défunt : compte courant, livret A, LEP, PEL, etc. Aucune opération n'est alors possible. Les mandats et procurations sont annulés automatiquement.

Exception utile : selon l'article L312-1-4 du Code monétaire et financier, un héritier peut obtenir le déblocage d'une somme allant jusqu'à 5 000 € pour régler les frais funéraires, à condition de présenter l'acte de décès et les justificatifs de funérailles.

Compte individuel, compte joint, compte indivis : trois règles différentes

Règles de blocage selon le type de compte au décès
Type de compte Blocage au décès ? Qui peut l'utiliser ensuite ?
Compte individuel OUI — immédiatement Personne, jusqu'au règlement de la succession
Compte joint ("M. ou Mme") NON en général Le cotitulaire survivant peut continuer
Compte indivis OUI — sans exception Personne, jusqu'à accord unanime des héritiers

Comment trouver tous les comptes bancaires du défunt (FICOBA)

Si vous ignorez dans quels établissements le défunt détenait des comptes, le notaire peut interroger le FICOBA (Fichier national des Comptes Bancaires et Assimilés), géré par la Direction Générale des Finances Publiques. Ce fichier recense l'ensemble des comptes ouverts au nom d'une personne en France. Les héritiers peuvent en demander l'accès auprès du notaire ou directement via la CNIL.

Les documents à apporter à la banque

Munissez-vous de : l'acte de décès, le livret de famille, un acte de notoriété ou un certificat d'hérédité attestant votre qualité d'héritier, vos pièces d'identité, et les coordonnées du notaire en charge du dossier.

Barème 2026 : combien l'État prend-il selon votre lien de parenté ?

Les abattements personnels par lien de parenté

L'abattement est la part de l'héritage qui échappe entièrement à l'impôt. Il se déduit de la part nette revenant à chaque héritier avant d'appliquer le barème. Il est propre à chaque héritier et se reconstitue intégralement tous les 15 ans.

Abattements successoraux par lien de parenté — 2026
Lien de parenté avec le défunt Abattement 2026 Base légale
Conjoint marié ou partenaire de PACS Exonération totale Art. 796-0 bis CGI
Enfant, père, mère (ligne directe) 100 000 € Art. 779 CGI
Frère ou sœur 15 932 € Art. 779 CGI
Neveu ou nièce 7 967 € Art. 779 CGI
Personne handicapée (tout lien) 159 325 € (cumulable) Art. 779 II CGI
Autre héritier (cousin, tiers, concubin non pacsé) 1 594 € Art. 788 CGI

Le barème progressif en ligne directe (art. 777 CGI)

Le barème s'applique par tranches successives sur la part taxable (après abattement). Le taux indiqué s'applique uniquement à la tranche correspondante, pas à la totalité.

Barème des droits de succession — ligne directe

Art. 777 CGI · Taux appliqué tranche par tranche sur la part taxable (après abattement)

Jusqu'à 8 072 €
8 072 € → 12 109 €
12 109 € → 15 932 €
15 932 € → 552 324 €
552 324 € → 902 838 €
902 838 € → 1 805 677 €
Au-delà de 1 805 677 €
5–10 % — Petits patrimoines
15–20 % — Patrimoines courants
30–45 % — Très grands patrimoines

Ces taux ne s'appliquent qu'à la fraction de chaque tranche — pas à la totalité de l'héritage. La très grande majorité des successions en France est taxée à 0 % ou 20 % maximum.

Barème droits de succession ligne directe 2026 — art. 777 CGI
Part nette taxable après abattement Taux
Jusqu'à 8 072 € 5 %
De 8 072 € à 12 109 € 10 %
De 12 109 € à 15 932 € 15 %
De 15 932 € à 552 324 € 20 %
De 552 324 € à 902 838 € 30 %
De 902 838 € à 1 805 677 € 40 %
Au-delà de 1 805 677 € 45 %

Source : Art. 777 CGI — barème 2026 (BOFiP)

Les taux spécifiques pour les héritiers non directs

Frères et sœurs : 35 % jusqu'à 24 430 € de part taxable, puis 45 % au-delà (après abattement de 15 932 €). Exonération totale possible si le frère/sœur vivait avec le défunt depuis plus de 5 ans et était célibataire, veuf ou divorcé (art. 796 CGI).
Oncles, tantes, cousins germains (jusqu'au 4e degré) : Taux fixe de 55 % après l'abattement de 1 594 €.
Héritiers sans lien de parenté (concubin non pacsé, ami, voisin) : Taux fixe de 60 % après l'abattement de 1 594 €.

Calcul étape par étape : trois cas pratiques chiffrés

Cas 1 — Petit patrimoine : Marie hérite de 45 000 € (enfant unique)

Marie, 42 ans, est l'unique héritière de sa mère. Le compte bancaire de sa mère affiche un solde de 45 000 €. Aucun autre bien, aucune dette.

Calcul des droits de succession

Actif successoral net : 45 000 €

Abattement enfant (art. 779 CGI) : − 100 000 €

Part taxable : 0 € (l'abattement couvre la totalité)

Frais bancaires

Solde > 5 965 € → plafonnés à 1 % × 45 000 € = 450 €

Marie ne paie aucun impôt de succession. Elle règle seulement 450 € à sa banque.

Cas 2 — Patrimoine moyen : Thomas hérite de 200 000 € (un enfant sur deux)

Thomas, 55 ans, hérite avec sa sœur Claire de leur père. Le patrimoine se compose uniquement de 400 000 € sur des comptes bancaires. Chaque enfant reçoit une part égale de 200 000 €.

Calcul de la base taxable

Part brute de Thomas : 200 000 €

Abattement enfant (art. 779 CGI) : − 100 000 €

Part taxable : 100 000 €

Calcul par tranches (art. 777 CGI)

5 % × 8 072 € = 403,60 €

10 % × 4 037 € = 403,70 €

15 % × 3 823 € = 573,45 €

20 % × 84 068 € = 16 813,60 €

Droits de succession de Thomas : 18 194,35 € (~9,1 % du montant brut reçu).

Frais bancaires (sur 400 000 € total) : plafonnés au maximum légal de 857 €, à partager entre les deux héritiers.

Cas 3 — Patrimoine important : Luc hérite de 600 000 € (héritier unique)

Luc, 60 ans, est l'unique héritier de son père. Le patrimoine comprend 600 000 € en comptes bancaires et 20 000 € de dettes (crédits à la consommation et impôts en cours).

Calcul de la base taxable

Actif brut : 600 000 €

Dettes déductibles : − 20 000 €

Actif net successoral : 580 000 €

Abattement enfant (art. 779 CGI) : − 100 000 €

Part taxable : 480 000 €

Calcul par tranches (art. 777 CGI)

5 % × 8 072 € = 403,60 €

10 % × 4 037 € = 403,70 €

15 % × 3 823 € = 573,45 €

20 % × 464 068 € = 92 813,60 €

Droits de succession de Luc : 94 194,35 € (~15,7 % de l'actif brut — loin des 45 % souvent cités).

Frais bancaires : plafonnés au maximum légal de 857 €.

Frais bancaires de succession 2026 : ce que votre banque peut vous facturer

Le plafond légal : 1 % des avoirs, maximum 857 € (loi du 13 mai 2025)

Avant novembre 2025, les banques fixaient leurs frais librement. Certaines facturaient plusieurs milliers d'euros, y compris pour la simple clôture du Livret A d'un enfant décédé — un cas ayant conduit directement à la réforme. La loi n° 2025-415 du 13 mai 2025 y a mis fin.

Frais bancaires de succession applicables depuis le 13 novembre 2025
Situation Frais applicables depuis le 13/11/2025
Défunt mineur Gratuit (sans condition)
Solde total des comptes < 5 965 € (2026) Gratuit
Succession simple + acte de notoriété ou attestation collective Gratuit
Autres cas Plafonnés à 1 % des avoirs, max. 857 €

Comment contester des frais bancaires excessifs

Si votre banque vous facture des frais supérieurs au plafond légal, ou applique des frais là où la gratuité devrait s'appliquer, vous pouvez : (1) contester par écrit en citant la loi n° 2025-415 du 13 mai 2025, (2) saisir gratuitement le médiateur bancaire, (3) alerter l'Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR).

Les erreurs à éviter lors du règlement du compte bancaire d'un défunt

Oublier de déduire les dettes avant le calcul fiscal

Les droits de succession se calculent sur l'actif net (actif brut diminué du passif déductible), et non sur le brut. Les dettes déductibles incluent : les crédits en cours prouvés par acte, les impôts dus par le défunt à la date du décès, les factures impayées justifiées, et les frais funéraires dans la limite forfaitaire de 1 500 € (art. 775 CGI). Oublier de les soustraire revient à payer des droits sur une base surévaluée.

Confondre compte joint et compte indivis

Le compte joint ne bloque pas automatiquement au décès — le cotitulaire peut continuer à l'utiliser sous réserve de ne pas dépasser sa part. Le compte indivis, lui, se fige totalement dès le décès et nécessite l'accord unanime de tous les héritiers pour être débloqué. Confondre les deux peut conduire à des opérations illégales sur un compte indivis bloqué, ou à une inaction inutile sur un compte joint pleinement accessible.

Questions fréquentes sur l'héritage d'un compte bancaire

Les 6 questions les plus posées sur ce que l'État prélève lors d'une succession.

Quel pourcentage l'État prend-il sur un héritage bancaire ?

Il n'existe pas de pourcentage fixe. En ligne directe, le taux effectif réel varie entre 0 % (si la part nette reste sous l'abattement de 100 000 €) et 15 à 20 % pour des patrimoines moyens. Le taux marginal maximum de 45 % ne s'applique qu'à la fraction dépassant 1,9 million d'euros de part taxable — loin de la grande majorité des successions françaises.

Le conjoint doit-il payer des droits de succession sur les comptes bancaires ?

Non. Le conjoint survivant et le partenaire de PACS institué héritier par testament sont totalement exonérés de droits de succession sur l'ensemble du patrimoine transmis, quelle que soit sa valeur (art. 796-0 bis CGI). Aucun plafond, aucune condition de montant.

Peut-on retirer de l'argent sur le compte d'un défunt avant la succession ?

Non, sauf le déblocage de 5 000 € maximum pour les frais funéraires (art. L312-1-4 du Code monétaire et financier). Tout autre retrait est illégal dès l'instant du décès — la procuration s'éteint automatiquement. Un retrait abusif peut être requalifié en recel successoral (art. 778 du Code civil).

Qui débloque les comptes bancaires en cas de décès ?

C'est le notaire qui coordonne. Une fois la déclaration de succession établie et les droits acquittés (ou une attestation de dispense obtenue), il transmet les pièces à la banque, qui libère les fonds aux héritiers selon leur quote-part.

Quels sont les délais pour toucher l'héritage d'un compte bancaire ?

Comptez 3 à 6 mois pour une succession simple. La déclaration doit être déposée dans les 6 mois suivant le décès (12 mois pour un décès hors de France). Les délais s'allongent en cas de désaccord entre héritiers ou de biens immobiliers à évaluer.

Comment l'État connaît-il les comptes bancaires du défunt ?

Via la déclaration de succession obligatoire dans laquelle les héritiers listent l'intégralité des avoirs. Le fisc peut croiser ces données avec le FICOBA (Fichier national des Comptes Bancaires et Assimilés), qui recense tous les comptes ouverts en France au nom du défunt. Toute omission volontaire constitue une fraude fiscale.

Photo de Thomas Legrand, juriste spécialisé en droit des successions

Rédigé par

Thomas Legrand

Juriste spécialisé en droit des successions · Directeur de publication

Juriste avec plus de 20 ans d'expérience dans le droit notarial et le conseil en transmission patrimoniale. Fondateur de France Succession en 2026.

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Dernière mise à jour : mai 2026. Les informations de cette page sont conformes à la législation en vigueur, notamment la loi n° 2025-415 du 13 mai 2025 et le barème de l'article 777 du Code général des impôts. Pour un conseil adapté à votre situation personnelle, consultez un notaire ou un conseiller en gestion de patrimoine agréé.