Un don d’argent entre particulier peut sembler aussi simple qu’un virement bancaire. Pourtant, la qualification de l’opération change tout : cadeau, don manuel ou prêt n’ont ni les mêmes formalités ni les mêmes conséquences fiscales.
La règle la plus importante est la suivante : absence de droits à payer ne signifie pas absence de déclaration. Un don peut être couvert par un abattement tout en devant être déclaré. À l’inverse, un cadeau raisonnable offert pour une occasion précise peut relever du présent d’usage et ne pas être déclaré.
Cet article présente les règles vérifiées le 27 août 2026. Les montants et les textes fiscaux peuvent évoluer : vérifiez toujours la situation au jour de la déclaration.
Don, cadeau ou prêt : quelle opération faites-vous réellement ?
Avant de calculer un impôt, il faut identifier l’intention des parties.
| Opération | Contrepartie attendue | Exemple | Formalité principale |
|---|---|---|---|
| Présent d’usage | Aucune, mais cadeau lié à une occasion | 500 € pour un anniversaire, si la somme reste proportionnée | En principe aucune déclaration |
| Don manuel | Aucune, transfert définitif | 10 000 € virés à un ami ou à un enfant | Déclaration par le bénéficiaire |
| Prêt entre particuliers | Remboursement prévu | 10 000 € avancés avec échéancier | Écrit conseillé ; déclaration spécifique selon le montant |
| Donation notariée | Aucune, acte juridique organisé | Donation-partage ou donation immobilière | Acte et formalités du notaire |
Le don manuel peut porter sur une somme d’argent remise de la main à la main, par chèque ou par virement. Il est en principe irrévocable et le recours au notaire n’est pas obligatoire pour une somme d’argent, comme le rappelle Service-Public.fr.
Quelle somme peut-on donner sans déclarer ?
Il n’existe pas de seuil universel
La question “combien puis-je donner sans déclarer ?” appelle souvent une réponse chiffrée. Pour un véritable don manuel, cette réponse est trompeuse : la loi ne fixe pas un montant général en dessous duquel tout don serait automatiquement dispensé de déclaration.
Le montant de 15 000 € ne constitue pas un seuil de non-déclaration. Il intervient notamment dans les règles particulières de l’article 635 A du CGI applicables à la révélation de certains dons manuels et à l’option de déclaration et de paiement différés. Il ne transforme pas un don de 10 000 € en cadeau fiscalement invisible.
Le cas du présent d’usage
Un cadeau peut être un présent d’usage s’il est offert à l’occasion d’un événement précis : anniversaire, mariage, naissance, fête religieuse, réussite à un examen ou Noël. Il doit aussi rester raisonnable au regard de la fortune et des revenus du donateur.
L’appréciation se fait au cas par cas. L’article 852 du Code civil précise que le caractère de présent d’usage s’apprécie au jour du cadeau et compte tenu de la fortune du disposant. Il n’existe donc pas de barème mécanique : 1 000 € peut être raisonnable pour une personne et disproportionné pour une autre.
Pour approfondir cette distinction, consultez notre guide sur le présent d’usage.
Fiscalité d’un don entre amis ou personnes sans lien de parenté
Le taux peut atteindre 60 %
Le lien entre le donateur et le bénéficiaire détermine les abattements et le barème. Entre personnes sans lien de parenté, comme deux amis, l’abattement est de 0 €. La fraction taxable est alors soumise au taux de 60 %, selon le tableau III de l’article 777 du CGI et le barème présenté par Service-Public.fr.
Cela ne signifie pas qu’un ami ne peut jamais recevoir d’argent. Cela signifie qu’un transfert définitif qui constitue réellement une donation peut coûter cher fiscalement, même lorsque le montant paraît modeste.
Exemple 1 : 5 000 € donnés à un ami
Pierre vire 5 000 € à son ami Lucas. Il n’y a ni remboursement prévu ni occasion particulière permettant de qualifier le versement de présent d’usage.
Le calcul pédagogique est le suivant :
- Montant du don : 5 000 €
- Abattement entre non-parents : 0 €
- Base taxable : 5 000 €
- Droits au taux de 60 % : 5 000 × 60 % = 3 000 €
Lucas doit déclarer le don. Le paiement des droits est en principe effectué par le donataire, même si le donateur peut accepter de les prendre à sa charge. Le calcul réel dépend de la qualification retenue, de la date et des éléments du dossier.
Le cas des concubins
Les concubins ne bénéficient pas de l’abattement applicable aux époux ou aux partenaires de PACS. Pour une donation entre concubins, l’administration fiscale applique en principe le régime des personnes sans lien de parenté : 0 € d’abattement et 60 % au-delà.
Un couple non marié qui souhaite transmettre une somme importante doit donc mesurer le coût fiscal avant le virement. Une donation peut aussi avoir des conséquences sur la succession et sur les droits des héritiers réservataires.
Les abattements lorsque le donateur et le bénéficiaire sont de la même famille
Le mot “particulier” ne suffit pas à déterminer la fiscalité. Dès qu’il existe un lien familial, le calcul peut être très différent. Les montants ci-dessous reprennent les abattements présentés par Service-Public.fr, à vérifier selon la situation personnelle et les donations antérieures.
| Lien entre donateur et bénéficiaire | Abattement usuel sur 15 ans | Dispositif complémentaire possible | Source |
|---|---|---|---|
| Parent et enfant | 100 000 € | 31 865 € si les conditions du don familial sont réunies | CGI, art. 779 et 790 G |
| Grand-parent et petit-enfant | 31 865 € | 31 865 € si les conditions du don familial sont réunies | CGI, art. 779 et 790 G |
| Frère ou sœur | 15 932 € | Pas de 790 G dans le cas général | CGI, art. 779 |
| Oncle/tante et neveu/nièce | 7 967 € | 31 865 € sous conditions strictes de l’article 790 G | CGI, art. 779 et 790 G |
| Époux ou partenaire de PACS | 80 724 € | Pas de 790 G dans le cas général | CGI |
| Ami, concubin ou non-parent | 0 € | Aucune exonération familiale générale | CGI, art. 777 |
Ces montants s’apprécient en tenant compte des donations déjà consenties par le même donateur au même bénéficiaire au cours des 15 années précédentes. Le tableau est une synthèse pédagogique : le simulateur fiscal et l’administration tiennent compte de la nature exacte du don et des antécédents.
Le don familial de sommes d’argent de 31 865 €
L’article 790 G du CGI peut exonérer jusqu’à 31 865 € par donateur et par bénéficiaire, renouvelables tous les 15 ans. Le donateur doit avoir moins de 80 ans au jour de la transmission et le bénéficiaire doit être majeur ou émancipé.
Le dispositif vise notamment les enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants. À défaut de descendance, certains neveux et nièces peuvent aussi être concernés. Il ne s’applique pas à un ami, à un concubin ou à un simple tiers.
La déclaration reste nécessaire pour bénéficier de l’exonération. La DGFiP rappelle que le don familial doit être déclaré dans le mois, même si aucun droit n’est finalement dû.
Voir aussi notre guide sur le don familial de sommes d’argent et notre dossier consacré à la déclaration d’un don manuel.
Exemple 2 : 80 000 € donnés par une mère à son fils
Marie, âgée de 68 ans, donne 80 000 € à son fils Thomas, majeur. Elle n’a pas effectué de donation à son profit depuis 15 ans. Le virement n’est pas un cadeau d’anniversaire : il s’agit d’un don manuel.
| Étape | Montant |
|---|---|
| Don reçu | 80 000 € |
| Exonération article 790 G | -31 865 € |
| Solde | 48 135 € |
| Abattement parent-enfant disponible | -48 135 € sur 100 000 € |
| Base taxable | 0 € |
| Droits à payer | 0 € |
Thomas ne paie donc aucun droit dans cette hypothèse. Il doit néanmoins déclarer le don dans le délai applicable, en indiquant les bons dispositifs. La déclaration consomme les droits et abattements correspondants pour la période de 15 ans.
Comment déclarer un don d’argent entre particuliers en 2026 ?
Depuis le 1er janvier 2026, la déclaration des dons de sommes d’argent se fait en principe en ligne, quelle que soit la date du versement. Le bénéficiaire se connecte à son espace personnel sur impots.gouv.fr, puis choisit Déclarer > Déclarer un don ou une cession de droits sociaux. Le donataire doit en principe déclarer ou enregistrer le don dans le mois suivant sa révélation à l’administration fiscale ; pour le don familial de sommes d’argent de l’article 790 G, le délai court en principe à compter de la date du don.
Le décret n° 2025-1082 du 17 novembre 2025 encadre cette obligation de dématérialisation. Des exceptions existent, notamment lorsque le bénéficiaire n’a pas accès à internet ou n’est pas en mesure d’effectuer la démarche en ligne. Dans certaines situations spécifiques, le formulaire papier n° 2735 reste nécessaire.
Qualifier l'opération
Vérifiez qu'il s'agit d'un don définitif et non d'un prêt ou d'un présent d'usage. En cas de remboursement prévu, rédigez un écrit de prêt.
Identifier le lien entre les parties
Ami, concubin, parent, enfant, frère ou sœur : ce lien détermine l'abattement et le taux applicable.
Recenser les donations antérieures
Recherchez les dons et donations réalisés entre le même donateur et le même bénéficiaire au cours des 15 dernières années.
Déclarer par le compte du bénéficiaire
Sur impots.gouv.fr, ouvrez la rubrique Déclarer, sélectionnez le service de déclaration d'un don, puis indiquez le montant, la date, la nature du don et l'identité du donateur.
Conserver les justificatifs
Gardez la preuve du virement, le récépissé de déclaration et tout écrit expliquant l'opération. Ces documents peuvent être utiles lors d'une donation ultérieure ou d'une succession.
Le don peut-il être contesté au moment de la succession ?
Un don d’argent entre particuliers ne disparaît pas du paysage successoral. Lorsqu’un donateur a des descendants, la transmission à un ami ou à un autre tiers doit respecter les droits des héritiers réservataires. La donation s’impute en principe sur la quotité disponible ; si elle dépasse la part dont le donateur pouvait librement disposer, une action en réduction peut être envisagée après le décès.
Le don manuel peut aussi créer des difficultés de preuve entre héritiers : date du transfert, montant exact, intention libérale et éventuelle avance sur héritage. Pour une somme importante, un écrit clair ou un rendez-vous chez le notaire peut éviter qu’un simple relevé bancaire ne devienne le seul élément du dossier.
Consultez notre guide donation de son vivant pour replacer ce don dans une stratégie patrimoniale plus large, et notre dossier sur le montant d’une donation manuelle pour approfondir les abattements.
Les erreurs à éviter
Croire au seuil automatique de 15 000 €
15 000 € n’est pas un seuil général de non-déclaration. La somme peut intervenir dans une procédure spécifique, mais elle ne dispense pas de déclarer un don manuel lorsque celui-ci est révélé.
Confondre exonération et déclaration
Un parent peut transmettre 80 000 € à son enfant sans payer de droits dans l’exemple précédent. Cela ne rend pas le don invisible : il doit être déclaré et les abattements disponibles sont consommés.
Qualifier un virement important de cadeau
Un cadeau d’anniversaire doit rester cohérent avec les revenus et le patrimoine de la personne qui le donne. Une somme importante, répétée ou sans occasion peut être requalifiée en don manuel.
Oublier le taux entre non-parents
Un ami ne bénéficie pas de l’abattement parent-enfant. Avant de transférer une somme importante à un ami, calculez le coût potentiel au taux de 60 % et vérifiez si un prêt documenté correspond mieux à l’intention réelle.
Négliger les héritiers réservataires
Une donation à un tiers peut réduire la part disponible pour les descendants. Si la situation familiale est complexe, faites vérifier le projet avant le versement.
Questions fréquentes
Quelle somme peut-on donner sans déclarer à un particulier ?
Il n'existe pas de seuil légal universel pour un véritable don manuel. Un cadeau peut rester un présent d'usage s'il est lié à une occasion particulière et proportionné au patrimoine du donateur ; sinon, le don doit en principe être déclaré, même si aucun droit n'est dû.
Faut-il déclarer un don d'argent fait à un ami ?
Oui, lorsqu'il s'agit d'un don manuel et non d'un simple cadeau d'usage. Le donataire doit le déclarer à l'administration fiscale ; entre personnes sans lien de parenté, aucun abattement général ne s'applique et le taux peut atteindre 60 %.
Peut-on donner 5 000 € à un ami sans payer d'impôt ?
Un don réel de 5 000 € à un ami n'est pas automatiquement exonéré : après un abattement de 0 €, il relève en principe du taux de 60 %, soit 3 000 € de droits. La réponse peut être différente si la somme est un présent d'usage raisonnable offert pour une occasion précise.
Qui doit déclarer un don d'argent entre particuliers en 2026 ?
C'est en principe la personne qui reçoit le don, appelée donataire. Depuis le 1er janvier 2026, la déclaration se fait en ligne sur impots.gouv.fr, sauf exceptions permettant encore le formulaire papier.
Quel est le délai pour déclarer un don manuel ?
Le donataire doit en principe déclarer ou enregistrer le don dans le mois suivant sa révélation à l'administration fiscale. Pour le don familial de sommes d'argent de l'article 790 G, le délai court en principe à compter de la date du don.
Un don d'argent entre particuliers nécessite-t-il un notaire ?
Non, un don manuel d'argent peut être réalisé par virement, chèque ou remise d'espèces sans acte notarié. Un notaire reste utile si le montant est important, si la situation familiale est sensible ou si vous devez sécuriser les conséquences successorales.
Quelle différence entre un don et un prêt entre particuliers ?
Un don est définitif et n'est pas remboursé ; un prêt suppose un remboursement selon des modalités convenues. Si l'intention de rembourser est réelle, formalisez le prêt par écrit pour éviter une requalification ou un conflit ultérieur.

Rédigé par
Thomas Legrand
Juriste spécialisé en droit des successions · Directeur de publication
Juriste avec plus de 20 ans d'expérience dans le droit notarial et le conseil en transmission patrimoniale. Fondateur de France Succession en 2026.
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